PagesParce que naître laisse des traces pour la vie...

lundi 18 février 2013

Le droit du nouveau-né à son heure de gloire.



Photo par Evie Marie photography
On qualifie l'heure qui suit la naissance d'un enfant de "Golden Hour". Le moment de la toute première rencontre où l'enfant  trouve le réconfort contre la chaleur du corps de sa mère, au son déjà familier de sa voix, dans la fierté enveloppante de son regard. Au cours de ces premiers instants se renforce le précieux lien d'attachement entre l'enfant, sa mère, et son père.  La cellule familiale tissée par les liens du coeur se consolide. Une cellule comme un cocon dans lequel l'enfant trouve ses remparts affectifs.


L'impact de ces premiers instants sur la vie d'un enfant est de plus en plus reconnu et documenté; et son respect revendiqué de maintes façons.

L'accueil du nouveau-né est primordial, c'est un droit qui ne devrait jamais être brimé.
Il s'agit ni plus ni moins de son heure de gloire. La plus significative d'entre toutes.

En être privé, c'est naître seul
et en porter de profondes stigmates.

Cette blessure c'est celle de l'indifférence.

Voici le récit de Lily.
Lily est une jeune professionnelle. Habituée à oeuvrer au sein de grandes entreprises, elle a récemment modifié son parcours suite à une spécialisation à la fine point de son domaine d'activité. Là voilà donc consultante. Elle décroche un premier contrat pour une période de six mois. Au bout d'à peine un mois, elle est victime de compressions budgétaires et son contrat est résilié avec les deux semaines usuelles de préavis. Sur le plan légal, tout est en règle.  Une situation commune dans le monde des affaires avec laquelle Lily devrait aisément composer.  Or, il n'en est rien. Elle se retrouve secouée, angoissée et même physiquement mal en point: fièvre, courbatures etc.
Elle tente de cerner la source de son inconfort. Ensemble nous explorons plus loin: elle se raconte, parvient à mettre en mots le malaise qui l'habite.

"Ce qui me dérange profondément c'est l'indifférence. Le fait de me licencier sans se soucier du lendemain pour moi. Comme si je n'avais pas d'importance. "
"Je sens un vide, comme s'il n'y avait rien pour m'aider à me relever. Tout cela est absurde et irrationnel car je suis très qualifiée et que je vais me trouver d'autres contrats facilement et même plus lucratifs, ma détresse est purement émotive."
"Je ne suis pas foncièrement fonceuse, je sais que je n'utilise pas pleinement mes talents, comme si je reste toujours un peu en retrait. Dans ma vie personnelle, j'ai tendance  à prioriser le bien être des autres. J'ai la même attitude  dans ma vie professionnelle. Je ne vais pas jouer du coude, si on me met à l'écart, j'abdique facilement. Je me donne bonne conscience en me disant que je suis au-dessus de ces trivialités, mais en vérité, je m'éclipse pour éviter la confrontation.  Je sais me battre pour autrui, mais non pour moi. Comme si j'ai plus de mérite à valoriser l'autre, comme si je lui accordais plus de valeur...

La discussion nous amène aux circonstances de sa naissance.
Au moment de sa venue en ce monde, la mère de Lily était en profonde dépression. Une déchirante crise conjugale accaparait tout son esprit. Elle a donné naissance à Lily sous anesthésie et a refusé de la voir pendant les premiers jours, demandant aux infirmières de s'en occuper le temps qu'elle retrouve ses forces....Lily est donc née esseulée, reléguée dans un froid petit berceau à la pouponnière.

Les stigmates de sa naissance,  Lily ne les porte pas comme une balafre en plein visage, les séquelles sont plus subtiles, elles modèlent sa personnalité. Telles sont les empreintes de naissance.

Lily a touché à une profonde blessure, une blessure d'indifférence.
Son arrivée aride, naître seule, a entaché son estime personnelle et son amour propre...

Lorsqu'un enfant est accueilli avec joie et amour, il s'en imbibe. La source reste en soi.
Délaissé, il cherche l'amour à l'extérieur, hors de soi.

Face à la peur, à la tristesse, à l'insécurité, le nouveau-né a pour réaction de se verrouiller. Il referme son coeur pour se  protéger et c'est envers lui-même qu'il se fait d'abord violence.  L'amour devient donc une quête hasardeuse à travers l'autre, dans la dépendance, le sacrifice, la douloureuse peur de perdre.

Lily s'est réconciliée avec cette cuisante blessure, par les soins énergétiques, mais aussi par l'expression de sa tristesse, de sa colère envers sa mère et son père, absent, lui aussi lors de sa naissance.  Ils ont dérogé à leur devoir premier, l'accueil à bras et coeur ouvert de leur enfant.

Priver un enfant de ce réconfort, c'est le priver de son heure de gloire.

Le don de vie à un être humain n'est pas uniquement par le sang qui coule dans ses veines, mais aussi et surtout par l'amour.  L'amour permet de grandir en confiance, en force sans douter de sa propre valeur.

Le devoir des parents n'est pas uniquement de s'assurer d'une naissance sécuritaire, mais aussi  d'accueillir leur enfant, de le célébrer, de lui confirmer sa place unique et essentielle en ce monde.
Préserver sa véritable heure de gloire, cette toute première, celle sur laquelle nous érigeons notre si précieuse et inestimable individualité.


mercredi 6 février 2013

Le giron maternel: un écrin à l'air libre.

Ma mère aimait se raconter, par bribes, autour d'une tasse de thé lorsque l'atmosphère cotonneuse d'une fin d'après-midi portait à la confidence. Un jour elle me confia son inquiétude pour son plus jeune fils, celui porté tardivement, la trouille au ventre "Pendant cette grossesse, je vivais des terribles insécurités et je suis certaine de les lui avoir transmises"

Elle savait d'instinct ce que la Science commence à établir, preuves à l'appui. Dans son édition du 4 octobre  2010, Time Magazine titrait: "How the first nine months shape de rest of your life" (Comment les neuf mois de la grossesse modèlent le reste de votre vie)  

En résumé, les recherches démontrent que les conditions dans lesquelles une grossesse se déroule influent directement sur le développement du cerveau et des organes vitaux comme le foi, le coeur, le pancréas. L'environnement extérieur, les polluants etc, tout comme l'équilibre émotif de la mère prédéterminent la santé ultérieure de l'enfant, tant sur le plan physiologique que psychologique. Et ces incidences sont cruciales, comme un creuset qu'il sera difficile de modifier par la suite.

Grave constat. On aime s'imaginer avec ravissement le bébé à naître flottant dans une bulle éthérée, recroquevillé sur lui-même, suçant son pouce avec nonchalance dans le confort utérin,  protégé contre les agressions extérieures. Il n'en est rien. La cloison est totalement perméable.

http://www.retrouversonnord.be/fichiers_info/foetus2.jpg
L'enfant à naître à les sens en éveil.  Il capte, ressent, enregistre tout. Il s'abreuve de tout ce qu'il reçoit et perçoit.  L'utérus n'est pas une enceinte close où se développe un corps humain, c'est un environnement vivant, vibrant où entrent et circulent sans écran tous les stimulis qui l'entoure.  Il se développe à découvert et  s'imbibe, telle une éponge, des énergies positives ou destructives dans lesquelles baigne sa mère. 

Je me souviens avec émotion de la toute première fois où j'ai accompagné une patiente lors d'une régression dans sa vie intra-utérine. Cette dame sanglotait. Elle touchait à une tristesse vertigineuse "Je veux mourir, lançait-elle, je ne veux pas sortir, il y a trop de monde, trop de bruit. Je ne veux pas, je ne veux pas..."

Dernière arrivée d'une famille déjà trop nombreuse, elle vivait le désespoir de sa mère, en direct, sans filtre, sans distanciation avec elle-même. Ses propos alternaient entre sa conscience d'enfant et celle de sa mère, en osmose complète.  

J'étais soufflée. Elle m'a par la suite relaté que pendant cette régression, elle se fondait avec sa mère. "J'étais elle, Je ressentais tout. Je savais qu'elle ne voulait pas me voir naître, que sa vie était déjà trop lourde et qu'elle ne se sentait pas la force d'avoir un autre enfant. D'ailleurs, dès ma naissance, on m'a confiée à une dame du voisinage. Ma mère était en dépression.  Petite, je me décarcassais pour essayer de rendre ma mère joyeuse, pour lui accrocher un sourire. Je ne pouvais pas supporter de la voir si triste. Je m'étais donné cette tâche pour m'excuser d'être là, sans doute, pour justifier ma présence... "

Ramener à sa conscience ces vérités à permis à cette dame de déconstruire l'échafaudage émotif qu'enfant elle s'était bâti pour trouver sa place, son équilibre.  

Au cours de cette séance, à ce retour à cette blessure fondamentale, une brèche s'est ouverte pour panser, rassurer, accueillir l'enfant mal aimé et lui reconnaître une existence indépendante, la  libérer de l'héritage d'autrui. Une véritable délivrance. Une grande bouffée salvatrice, une grosse lampée d'amour pour soi... et cette fois, sans condition. 

♥ ♥